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M. Denis KESSLER

M. Denis KESSLER

(Article de presse associé à la biographie)

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Correspondance économique M. Denis KESSLER, président du groupe Scor, présente devant l'Académie des sciences morales et politiques les "réformes indispensables et urgentes" pour rapprocher nos performances de celles de l'Allemagne

Correspondance économique - Date de parution : 18/01/2017

M. Denis KESSLER, président du groupe Scor, a prononcé le 9 janvier dernier une conférence devant l'Académie des sciences morales et politiques (présidée par M. Michel PEBEREAU, président d'honneur de BNP Paribas) qui portait sur la question suivante : "quelles sont les réformes indispensables et urgentes pour rapprocher rapidement et durablement nos performances de celles de l'Allemagne en matière d'emploi, de compétitivité et de finances publiques ?". Après avoir dressé un bilan sans concession de la situation française qui l'amène à conclure que "toute étude comparée entre la France et l'Allemagne témoigne d'un décrochage de notre pays, visible tant en termes de production de richesses qu'en termes de finances publiques, de compétitivité internationale, de formation", il estime que la France doit précéder à une profonde transformation institutionnelle et culturelle et la formulation d'une vision pour notre pays lui semble d'autant plus nécessaire que le monde a profondément changé.

Il estime que plusieurs choix de vision s'offrent à notre pays : la France pourrait choisir de devenir l'exemple de la Société de la connaissance en incarnant la priorité au savoir, à la connaissance, à la recherche, à l'éducation, à la formation, à l'intelligence sous toutes ses formes, au design, à la culture, à la mode, à l'art et à l'art de vivre. Elle pourrait devenir la Nouvelle société post industrielle où les services jouent un rôle essentiel. Elle pourrait devenir l'exemple de la Société d'un Etat réinventé, moderne, facteur à la fois de compétitivité pour les entreprises, et d'efficacité pour les citoyens.

Une fois la vision adoptée, la stratégie de transformation devra être structurée selon lui autour des deux grands axes.

Un grand rééquilibrage au profit de la société civile

Le premier axe passe par un grand rééquilibrage au profit de la société civile. Dénonçant le poids hypertrophié du secteur public en France (prélèvements obligatoires à 45,5 % du PIB en 2015 en France contre 36,9 % en Allemagne ; dépenses publiques et sociales à 57 % du PIB en France et 44 % en Allemagne ; administrations publiques et entreprises publiques représentant 24,4 % de la population active en France contre 14,3 % en Allemagne en 2011), il préconise un programme volontariste de réduction des dépenses publiques et sociales en 10 ans de l'ordre de 13 points de PIB, ce qui suppose de réduire substantiellement le nombre d'agents publics pour revenir à un ratio de un fonctionnaire pour sept français actifs, au lieu de un pour quatre actuellement. Ce basculement de l'Etat vers la société civile passerait par des dévolutions de pouvoirs : aux entreprises avec l'inversion de la hiérarchie des normes ; aux partenaires sociaux qui devraient pouvoir négocier librement dans l'entreprise dans le cadre d'un ordre public social européen et en repensant la représentativité syndicale ; aux régions à l'exemple des länder allemands, avec des régions fortes et responsables financièrement ce qui conduit à remettre en cause la dotation globale de fonctionnement ; aux acteurs de la connaissance, universités et centres de recherche, qui devraient pouvoir décider du recrutement et de la rémunération des enseignants, du contenu des programmes, des droits d'inscription et de l'attribution des bourses.

Cela irait de pair avec la modernisation de l'Etat qui passerait par six transformations importantes : son recentrage sur ses missions régaliennes et notamment de sécurité ; la clarification de la protection sociale en transférant la responsabilité de la protection sociale à l'Etat, avec un grand régime de retraite unifiant les régimes de base, complémentaires et spéciaux qui resteraient en répartition mais avec une pension calculée en points, la fiscalisation du financement de la santé dont les prestations seraient l'objet d'un cahier des charges fixé par l'Etat, de l'assurance chômage et la famille qui seraient intégralement placées sous la responsabilité de l'Etat ; la réalisation de gains de productivité importants dans le secteur public qui suppose de revoir le statut de la Fonction publique, de réduire le nombre de corps et de conférer plus de plasticité, de fongibilité et de réactivité à l'Etat et de mettre à sa disposition un personnel plus motivé : la maîtrise de l'activité législative et réglementaire ("on légifère trop, à tout propos et mal") et il faut privilégier selon lui le contrat, voire la convention par rapport à la loi et à la réglementation ; l'éradication des déficits publics et sociaux qui minent les finances collectives et obèrent l'avenir ("Pour résorber la dette et la ramener à 60 % du PIB, il faut dégager dès à présent un excédent primaire et un excédent tout court notamment au niveau des comptes sociaux de la SS et de l'UNEDIC") ; le rétablissement de l'unicité de la responsabilité politique "au lieu de la présente dyarchie - ou pire, polyarchie -- qui affaiblit le pouvoir".

Inverser nos priorités

Le second axe qui vise à "retrouver des performances proches de celles de l'Allemagne nécessite de privilégier l'accumulation par rapport à la répartition, la production par rapport à la consommation, et l'offre par rapport à la demande". Pour relancer l'investissement productif, il préconise trois actions : pour reconstituer les marges et les profits des entreprises, il propose la réduction de moitié de la fiscalité du capital avec une baisse substantielle du taux de l'IS, de l'impôt sur les dividendes et la suppression de l'ISF. Le renforcement de l'attractivité de la France comme site de production nécessite selon lui la suppression à terme des cotisations sociales employeurs, la meilleure fongibilité du capital et la plus grande flexibilité du marché et la réallocation de l'investissement public à des usages plus économiques que la construction de ronds-points... Il préconise enfin l'incitation à l'épargne longue par l'allègement des prélèvements fiscaux et sociaux sur l'épargne, l'incitation à la retraite par capitalisation.

"La seconde inversion des priorités consiste à remettre la France au travail", en incitant les Français à travailler plus (en retardant l'âge de départ à la retraite, en supprimant les 35 heures, en supprimant des formations "parking", en pénalisant les pré-retraites, en réformant l'assurance chômage qui serait transférée à l'Etat, en durcissant les conditions d'indemnisation) ; en laissant la porte ouverte aux flux migratoires entrants à condition d'avoir une véritable politique de formation des immigrés ; en donnant plus de flexibilité au marché du travail en le déréglementant et le déconventionnant (revenir au contrat, mettre fin aux deux variantes CDD-CDI en allant vers le contrat unique flexible, en autorisant les petits boulots, en encourageant l'auto-entreprise) ; en repenser le SMIC dont le niveau serait déterminé en fonction du chômage des non-qualifiés et de leur niveau de productivité, le soutien au revenu des ménages relevant de la politique sociale.

La troisième inversion vise à mettre l'acquisition des connaissances, la recherche et l'innovation au ceur de cette nouvelle vision. Il préconise à cet égard 4 refondations : la refondation de l'école et de l'université par la responsabilisation des établissements et leur mise en concurrence ; la refondation de la formation professionnelle ; la promotion des liens entre la recherche et les entreprises avec notamment la reconnaissance des fondations indépendantes dotées d'un capital inaliénable et pérenne ; l'incitation à l'acquisition des connaissances par nos concitoyens et leurs enfants qui passe notamment par une taxation moins élevée et moins progressive des revenus du travail.


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