Mercredi 26 juin 2019 à 05:39, 103153 biographies, 950 mises à jour depuis une semaine
Bulletin Quotidien - Société Générale de Presse La correspondance économique - Société Générale de Presse Les biographies.com - moteur de recherche de biographies - Société Générale de Presse La correspondance de la publicité - Société Générale de Presse La correspondance de la presse - Société Générale de Presse
Les biographies.com - moteur de recherche de biographies - Société Générale de Presse
Documentation biographique des quotidiens de la Société Générale de Presse
 
Les biographies.com - moteur de recherche de biographies - Société Générale de Presse
Les biographies.com - moteur de recherche de biographies - Société Générale de Presse
   Ajouter favorisImprimerFermer

M. Jean PISANI-FERRY

M. Jean PISANI-FERRY (Articles de presse associés à la biographie)

Tout voir

Correspondance économique L'économiste Jean PISANI-FERRY plaide pour le choix du réalisme face à la transition énergétique

Correspondance économique - Date de parution : 14/03/2019

Pour l'économiste Jean PISANI-FERRY, professeur à Sciences Po Paris, ancien commissaire général à la stratégie et à la prospective (France Stratégie), ancien président délégué du Conseil d'analyse économique, ancien directeur du pôle "programmes et idées" de l'équipe de campagne présidentielle de M. Emmanuel MACRON, "la transition écologique ne sera pas une partie de plaisir" et "rien ne sert de le cacher". Dans une analyse publiée par le think tank Terra Nova, il plaide ainsi pour une approche réaliste, la seule manière selon lui de mener à bien la transition et d'en minimiser les coûts :

"En proposant avec quelques-uns de ses camarades démocrates un Green New Deal, Alexandria OCASIO-CORTEZ, l'étoile montante du Congrès américain, a rouvert la discussion sur les politiques à conduire face au changement climatique. L'impact de cette initiative est déjà important, aux Etats-Unis comme ailleurs. Même s'il n'est pas vraiment nouveau - les Verts européens prônent un tel pacte depuis une décennie - ce plan est vaste et ambitieux. Peut-être trop, mais contrairement à l'approche régulièrement privilégiée par les économistes - fixer un juste prix du carbone et s'en remettre aux choix privés pour le reste -, ce New Deal vert a le mérite d'englober les multiples dimensions de ce qui sera nécessairement une transformation en profondeur de nos économies et de nos sociétés.

La transition vers une économie neutre en carbone sera certainement une révolution d'aussi grande portée que le fut en son temps la transition vers l'ère industrielle. Elle ne peut se résumer à un seul prix mais va nécessiter un effort collectif. Il faudra que les gouvernements investissent dans ce projet et que chaque citoyen y trouve son rôle. C'est pourquoi l'éthos optimiste et participatif de ce New Deal vert doit être salué.

Mais soyons clairs : la transition écologique ne sera pas sans coût. Certes, il ne fait aucun doute que la vie et le travail seront bien meilleurs si nous réussissons à contenir le changement climatique que si nous échouons, et cela justifie que nous entreprenions les efforts correspondants. Mais ce n'est pas la question que posent la plupart de nos concitoyens. Le scenario de base - irréaliste, mais compréhensible - auquel ils se réfèrent pour apprécier les efforts qui leur sont demandés, c'est une évolution au fil de l'eau au gré de laquelle ils pourraient continuer à consommer et à voyager comme à leur habitude. Ils sont sans doute disposés à manger un peu moins de viande et à utiliser des voitures moins gourmandes en carburant, mais à condition que leur pouvoir d'achat n'en soit pas affecté. Et ils sont également prêts à changer d'emploi, pourvu que le nouveau soit mieux payé et moins stressant. Mais rien ne prouve qu'ils soient disposés à faire davantage.

On peut comprendre que les partisans du New Deal vert s'efforcent de flatter ces sentiments. La proposition Ocasio-Cortez est assez vague pour échapper à des critiques précises. Mais ce qui est évident, c'est qu'elle évite soigneusement de mettre le doigt sur tout ce qui pourrait faire mal. Il en va de même des nombreux plans pour la transition écologique qui promettent une vie meilleure assortie d'emplois plus nombreux et de meilleure qualité.

La vérité est malheureusement très différente. La transition vers une économie neutre en carbone exigera de nous des sacrifices avant de nous apporter des bénéfices, et les segments les plus vulnérables de la société risquent d'être particulièrement touchés. Faute de reconnaître cette réalité et de s'y attaquer, le soutien à la transition écologique demeurera superficiel et fragile.

Pour comprendre pourquoi, il faut revenir un instant à l'instrument préféré des économistes : le prix. D'une manière ou d'une autre, nous allons devoir payer pour produire quelque chose - le carbone - que nous avons longtemps émis gratuitement. Et le problème, c'est que la mise en place d'un prix du carbone aura inévitablement pour effet de réduire notre consommation agrégée.

La cause n'en est pas dans l'impôt, dont les revenus peuvent être restitués aux contribuables, par exemple, sous la forme d'une allocation per capita, comme l'a récemment proposé la fine fleur des économistes américains. Elle réside plutôt dans le fait qu'imposer un prix du carbone aboutira inévitablement à ce que les économistes appellent un choc d'offre négatif. Certains équipements deviendront inutilisables et certaines technologies ne seront plus rentables.

La production maximale, qu'il est possible d'atteindre avec le travail et le capital disponibles, (ce que les économistes appellent le PIB potentiel) baissera. Si la hausse de prix est brusque, elle entraînera une récession, comme cela est arrivé en 1974, quand les producteurs de pétrole ont soudainement augmenté leurs prix. Et ce changement de prix entraînera en outre une baisse de la richesse, à mesure que diminueront la valeur des maisons mal isolées, celle des voitures trop gourmandes et celle des actions des sociétés pétrolières.

Il faut bien comprendre que le problème central ne vient pas ici de l'utilisation d'un instrument de prix. Il serait le même dans une économie planifiée : l'efficacité carbone y nécessiterait également l'abandon de vieux équipements obsolètes et la mise en euvre d'investissements supplémentaires en vue d'une décarbonation du PIB. Selon les estimations du rapport Quinet récemment publié par France Stratégie, les investissements supplémentaires requis s'élèveraient à environ 2 % du PIB par an en 2040. Cela signifie qu'une part plus faible de la production sera alors disponible pour la consommation des ménages.

De plus, les effets distributifs de la transition écologique sont malheureusement défavorables. Les pauvres et la classe moyenne des périphéries urbaines dépensent en énergie une part plus grande de leur revenu que les riches et les habitants des centres-villes, et ils n'ont souvent pas les moyens de changer leur chaudière ou d'isoler leur maison. Et parce que les emplois des ouvriers tendent à être plus intensifs en carbone que les autres, les travailleurs en usine et les camionneurs seront plus touchés que les ingénieurs et les banquiers.

Le problème auquel nos sociétés sont confrontées est donc massif. Il ne faut surtout pas le cacher. Le gouvernement français a dû faire marche arrière après que les "gilets Jaunes" se sont révoltés contre une taxe sur le carburant de 55 euros la tonne, alors même que le prix qui serait nécessaire à la décarbonation complète a été estimé récemment à 250 euros la tonne en 2030.

Heureusement, ces effets peuvent être adoucis. La restitution intégrale des recettes de la taxe carbone allégerait le fardeau des plus vulnérables. Dans un environnement où les taux d'intérêt sont très bas, le financement par la dette est un moyen rationnel d'accélérer la transition écologique tout en en répartissant les coûts correspondants entre les générations. Comme le suggère la chute spectaculaire du coût des panneaux solaires, favoriser l'innovation et la concurrence aidera à accélérer l'émergence de technologies propres et efficaces. Et plus l'action sera précoce, plus les perspectives à long terme seront prévisibles, plus il sera facile de s'adapter, et plus l'impact sur la production et la richesse sera contenu. Les changements brusques dévalorisent les actifs existants, tandis qu'une transition en douceur permet de faire les bons investissements au bon moment.

Cela dit, le réalisme nous oblige à reconnaître que rien ne pourra éliminer complètement les difficultés liées à la transition. Pour gagner, les adeptes du New Deal vert doivent être honnêtes avec les citoyens sur ce que la transformation à venir entraînera, sur ses coûts, sur la meilleure façon de les réduire et de les partager équitablement, et enfin sur le rôle que chacune ou chacun pourra y jouer. Plutôt que de peindre leur scénario en rose, c'est à montrer qu'il est faisable qu'il faut qu'ils s'attachent en priorité."

Correspondance économique Principales propositions du rapport des économistes Jean PISANI-FERRY et Henrik ENDERLEIN pour contribuer à la croissance en France et en Allemagne

Correspondance économique - Date de parution : 28/11/2014

A la demande du ministre de l'Economie Emmanuel MACRON et de son homologue allemand Sigmar GABRIEL, le commissaire général à la stratégie et à la prospective (France Stratégie) Jean PISANI-FERRY et le professeur de politique économique à la Hertie School of Governance Henrik ENDERLEIN ont rédigé un rapport intitulé "Réforme, investissement et croissance : un agenda pour la France, l'Allemagne et l'Europe". Nous publions aujourd'hui les grandes propositions du rapport. Pour les auteurs : "la France et l'Allemagne passent beaucoup de temps à des déclarations communes et des initiatives conjointes. Ce qui nous manque, ce sont les actes".

Des réformes en France et en Allemagne

Les réformes ne sont pas les mêmes car les deux pays ne sont pas confrontés aux mêmes défis. En France, les incertitudes à court terme réduisent la confiance à long terme, mais les perspectives à plus long terme semblent meilleures. En Allemagne, les incertitudes à long terme réduisent la confiance à court terme, mais la situation à court terme semble relativement bonne. En France, nous craignons un manque d'audace pour des réformes décisives. En Allemagne, nous craignons un risque de contentement excessif.

Des packs de réformes

Nos propositions de réformes ciblent les domaines prioritaires dans chaque pays. Nous proposons de grouper les actions servant le même objectif en "packs" et de nous concentrer sur un petit nombre de tels "packs de réformes". En France, ils concernent la transition vers un nouveau modèle de croissance, basé sur un système combinant plus de flexibilité avec de la sécurité pour les employés ("flexisécurité") et une réforme du système juridique, une base plus large pour la compétitivité et la construction d'un Etat moins lourd et plus efficace. En Allemagne, ils concernent les défis démographiques, notamment en préparant la société allemande à une immigration supérieure et en augmentant la participation des femmes sur le marché du travail, la transition vers un modèle de croissance plus inclusif, fondée sur l'amélioration de la demande et un meilleur équilibre entre épargne et investissement. Ces réformes ne visent pas à plaire au voisin respectif, mais à créer de meilleures conditions pour l'emploi, la croissance à long terme et le bien-être dans chaque pays ainsi qu'en Europe.

Une initiative réglementaire européenne

L'investissement privé est un jugement sur l'avenir. L'investissement nécessite la confiance. Dans de nombreux secteurs, l'intervention publique joue un rôle majeur dans la formation des anticipations à long terme. Dans l'énergie, les transports et le secteur du numérique, pour ne citer qu'eux, les régulateurs doivent bien choisir les règles et paramètres et en assurer la prévisibilité. Les investisseurs ont besoin d'être assurés que l'Europe s'engage à accélérer sa transition vers une économie numérique et peu consommatrice en carbone. Lever les incertitudes concernant le prix futur du carbone ou le futur régime de protection des données est une responsabilité majeure des pouvoirs publics. Cela pourrait contribuer de manière significative à accroître les investissements en Europe.

Investissements

Le déficit d'investissement clairement identifié en Allemagne est largement privé mais aussi public. Là encore, la visibilité réglementaire et la simplification du cadre juridique concernant le règlement des différends ont un rôle majeur à jouer pour débloquer l'investissement. Mais nous estimons également que l'Allemagne s'est dotée d'un cadre de budgétaire incomplet qui attribue à juste titre un statut constitutionnel au maintien de l'endettement sous contrôle, mais néglige la promotion des investissements dans l'espace budgétaire existant. Les actifs allemands ne sont pas suffisamment renouvelés. Léguer une maison usée aux générations futures n'est pas une façon responsable de gérer son patrimoine. Nous pensons que le gouvernement allemand peut et doit augmenter les investissements publics. La France, en comparaison d'autres pays européens, ne souffre pas d'un retard majeur d'investissement. L'investissement non résidentiel des entreprises est ainsi resté relativement élevé. L'allocation des efforts d'investissement pourrait en revanche être améliorée.

Stimuler l'investissement privé et public au niveau européen

Nous pensons que le manque de financement n'est pas l'obstacle principal à l'investissement européen, mais nous considérons que de nouvelles ressources européennes sont nécessaires aujourd'hui : dans un contexte où les autorités demandent aux banques de prendre moins de risques, il est de leur responsabilité d'éviter une aversion au risque généralisée du secteur financier. En s'appuyant sur notre initiative réglementaire, nous proposons d'injecter des fonds publics européens dans le développement d'instruments de partage du risque et d'outils de soutien à l'investissement en capital. L'investissement public a également fortement diminué depuis 2007. Nous proposons de créer un fonds européen de dons pour soutenir des investissements publics dans la zone euro qui répondraient à des objectifs communs, renforceraient la solidarité et contribueraient à promouvoir l'excellence.

Secteurs sans frontières

La France et l'Allemagne devraient promouvoir une intégration plus poussée dans certains secteurs d'importance stratégique où les frontières réglementaires limitent considérablement les activités économiques. La construction de "secteurs sans frontières", avec d'autres partenaires, suppose beaucoup plus qu'un simple accord sur la coordination et des initiatives conjointes : il implique d'aller jusqu'à une législation commune, une réglementation commune et même une autorité de contrôle commune. Nous pensons que l'énergie et l'économie numérique font partie de ces secteurs ; nous proposons également une initiative similaire pour assurer la pleine transférabilité des compétences, des droits sociaux et des prestations sociales.

Redécouvrir notre modèle social commun

L'Europe est bien plus qu'un marché, une monnaie ou un budget. Elle a été construite autour d'un ensemble de valeurs partagées. Il est temps pour la France et l'Allemagne de s'unir pour redécouvrir et réinventer le modèle social du ceur de l'Europe, en commençant par des initiatives concrètes sur le salaire minimum, les politiques de l'emploi, de retraite et d'éducation. Dans ces domaines, la convergence sur la base d'une action efficace commune est nécessaire pour transformer l'espace franco-allemand en une véritable union basée sur l'intégration économique et sur des valeurs sociales communes.


--- LesBiographies.com ---

Ce site nécessite l'activation du Javascript.
Chargement...
(?)


(?)

(?)

(?)

Le site « www.LesBiographies.com » est une publication de la Société Générale de Presse : 13 av de l'Opéra - 75039 Paris Cedex 01 - France.

Direction de la publication : Laurent Bérard-Quélin

Le site web est hébergé par OVH-France : 2 rue Kellermann - 59100 Roubaix - France.