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M. Jacques CHIRAC

M. Jacques CHIRAC

(Article de presse associé à la biographie)

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Bulletin Quotidien Le président Jacques CHIRAC est décédé

Bulletin Quotidien - Date de parution : 27/09/2019

Le président Jacques CHIRAC est décédé hier, à l'âge de 86 ans.

S'il est né à Paris le 29 novembre 1932, la Corrèze est son berceau de famille : son grand-père paternel, Louis CHIRAC, instituteur à Brive, fut une personnalité radical-socialiste de Corrèze ; son père, François CHIRAC, employé de banque puis directeur d'agence de la Banque nationale du commerce (future B.N.P), devint administrateur de la société d'aviation Potez, société qui devait par la suite être rachetée par Marcel DASSAULT.

A 18 ans, après des études au lycée Carnot et au lycée Louis-le-Grand, il s'engage comme aide-pilote sur un cargo charbonnier, avant de revenir à ses études : diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, il part aux Etats-Unis pour y suivre les cours de la Summer School de l'université de Harvard.

Il effectue son service militaire dans la cavalerie à Saumur, et en sort avec le grade de sous-lieutenant, mais rencontre quelques difficultés avant de pouvoir être affecté, comme il le demande, en Algérie : on lui fait grief d'avoir signé, en 1949, "L'Appel de Stockholm" le manifeste de ceux qui refusaient l'utilisation de la science atomique à des fins militaires. De fait, ses premiers engagements politiques se situent plutôt à gauche, ce qui lui fait rencontrer le dirigeant des Jeunes socialistes, Michel ROCARD, avec lequel il resta lié par une grande amitié.

Avant son entrée à l'ENA, il épouse en 1956 Mme Bernadette CHODRON de COURCEL, l'une des nièces de Geoffroy CHODRON de COURCEL, ambassadeur de France, ancien secrétaire général du Quai d'Orsay.

C'est après sa sortie de l'ENA (10ème de la promotion "Vauban"), que commence à se dessiner la fulgurante carrière de Jacques CHIRAC.

Proche de Georges POMPIDOU, élu en Corrèze

Auditeur à la Cour des comptes, il est, en 1962, chargé de mission au secrétariat général du gouvernement, puis auprès du Premier ministre Georges POMPIDOU : de là naît son attachement inconditionnel à Georges POMPIDOU. Il fait bientôt partie de ces "jeunes loups" que le Premier ministre et le général de GAULLE veulent lancer à l'assaut des "citadelles" radicales et socialistes du Sud-Ouest. En mars 1965, il est tout d'abord élu conseiller municipal de Sainte-Féréole, berceau de sa famille.

Lors des élections législatives de 1967, il se lance à l'assaut de la 3ème circonscription de la Corrèze, où avait été élu sous la IIIème République Charles SPINASSE, et passait pour un bastion socialiste inexpugnable : en 1958, en pleine vague gaulliste, le socialiste François VAR avait été élu, et réélu en 1962, mais avait décidé de ne pas se représenter en 1967. Après une campagne de terrain particulièrement active, qui allait devenir sa caractéristique politique, Jacques CHIRAC est élu dans un contexte difficile pour la majorité gaulliste, qui ne disposera que d'une voix de majorité au Palais-Bourbon face à la gauche. Il l'emporte avec une courte majorité au second tour, battant un candidat communiste. Une partie des voix du candidat de la FGDS du premier tour a préféré ce "jeune loup" gaulliste, disposant déjà de solides relais à Paris, à un candidat communiste inconnu. Le candidat de la FGDS était Robert MITTERRAND, frère aîné de François MITTERRAND.

La Corrèze va devenir sa base électorale, la première étape de sa carrière politique. Il sera constamment réélu au premier tour, à chaque élections législatives, jusqu'en 1995. Conseiller général du canton de Meymac de 1968 à 1988, il présida le conseil général de ce département de 1970 à 1979.

Ce siège de député de la Corrèze, Jacques CHIRAC ne pourra en fait l'occuper à l'Assemblée nationale qu'à partir de l'automne 1976, c'est-à-dire après son départ de Matignon, au terme de neuf années de carrière ministérielle sans interruption.

C'est en effet en avril 1967 qu'il entre pour la première fois au gouvernement (4ème gouvernement de Georges POMPIDOU). Secrétaire d'Etat aux Affaires sociales, il joue un rôle très important lors des négociations de "Grenelle", rencontrant notamment les dirigeants de la CGT, et crée le système d'assurance chômage.

Nommé secrétaire d'Etat à l'Economie et aux Finances en mai 1968, auprès de M. Valéry GISCARD d'ESTAING, il est chargé du Budget et des Problèmes fiscaux. Il restera à ce poste jusqu'en janvier 1971 dans les gouvernements POMPIDOU, COUVE de MURVILLE, et CHABAN-DELMAS.

Ministre chargé des Relations avec le Parlement dans le gouvernement de Jacques CHABAN-DELMAS, dont les relations avec le président Georges POMPIDOU se tendent, il dira lui-même qu'il n'était pas fait pour ce poste.

Le départ de Jacques CHABAN-DELMAS et la nomination à Matignon de Pierre MESSMER entraînent un changement de fonctions pour Jacques CHIRAC : il est nommé ministre de l'Agriculture et du Développement rural. C'est à ce moment que se noue sa relation particulièrement étroite avec le monde rural et les agriculteurs, qu'il défend vigoureusement à Bruxelles, et qui formeront sa base électorale. Ses visites au Salon de l'Agriculture, chaque année, jusqu'en 2011, pendant des heures entières, quelles que soient les fonctions qu'il occupait, étaient de moments privilégiés, où il était accueilli avec une ferveur particulière, mettant en évidence le "pacte d'estime et d'affection" entre lui et le monde agricole.

Premier ministre de M. Valéry GISCARD d'ESTAING

L'année 1974 marque une rupture dans sa vie politique. Malade, le président Georges POMPIDOU envisage, selon ses biographes, de faire de Jacques CHIRAC son successeur. En mars 1974, il le nomme ministre de l'Intérieur, en remplacement de Raymond MARCELLIN, qui prend l'Agriculture.

Le décès prématuré de Georges POMPIDOU, un mois plus tard, bouleverse totalement les choses.

Jacques CHIRAC ne peut pas se présenter à l'élection présidentielle. Après l'échec rapide de la tentative de Pierre MESSMER d'être le candidat unique de la majorité à l'élection présidentielle, Jacques CHIRAC, soutenu par Pierre JUILLET et Mme Marie-France GARAUD, qu'il a rencontrés à Matignon, et qui ont suivi le président POMPIDOU à l'Elysée, entreprend de faire échouer la candidature de Jacques CHABAN-DELMAS, qui s'est déclaré le lendemain du décès de Georges POMPIDOU. Pierre JUILLET et Mme GARAUD, très conservateurs, n'ont pas pardonné au maire de Bordeaux sa politique de "nouvelle société".

Le ministre de l'Intérieur s'emploie alors à regrouper les différentes composantes de la majorité gouvernementale en faveur d'une candidature unique : celle de M. Valéry GISCARD d'ESTAING, et prend l'initiative du "Manifeste des 43", quarante-trois parlementaires gaullistes qui apportent leur soutien à M. GISCARD d'ESTAING et non pas au maire de Bordeaux, largement devancé par le ministre de l'Economie et des Finances au premier tour.

M. GISCARD d'ESTAING élu, Jacques CHIRAC s'installe à Matignon le 27 mai 1974.

S'il obtient très vite le départ de Jean-Jacques SERVAN-SCHREIBER du gouvernement, il accompagne la politique du chef de l'Etat, apportant un soutien constant et fort à Simone VEIL lors des discussions tendues sur la loi autorisant l'IVG, assistant aux séances au Palais-Bourbon, alors que la ministre de la Santé fait l'objet de critiques et d'attaques véhémentes de la part d'une partie de la droite.

Cependant, ses relations avec le chef de l'Etat, dont il ne supporte pas les proches, notamment Michel PONIATOWSKI, qui avait parlé des "copains et des coquins" pour désigner les gaullistes, se dégradent rapidement. Le Premier ministre, dans la tradition gaulliste, considère qu'il est le chef de la majorité, d'autant que le principal groupe de l'Assemblée nationale est le groupe UDR (Union des démocrates pour la République).

En décembre 1974, sans en informer clairement le chef de l'Etat, il succède au secrétariat général de la formation gaulliste, l'UDR, à Alexandre SANGUINETTI, plus ou moins contraint au départ. Un "coup de force" que n'ont pas apprécié tous les gaullistes.

S'il quitte officiellement le secrétariat général de l'UDR en juin 1975, laissant ce poste à Yves GUENA (qu'il nommera, en 2000, président du Conseil constitutionnel), Jacques CHIRAC reste le véritable chef de la formation gaulliste, ce qui déplaît au président de la République et à sa garde rapprochée.

Considérant que le chef de l'Etat l'écarte des grandes décisions, voyant ses relations avec les "giscardiens" se tendre de plus en plus, Jacques CHIRAC, le 27 août 1976, démissionne de Matignon, étant le premier chef du gouvernement de la Vème République à quitter ses fonctions sans y avoir été invité par le président de la République. Il annonce sa démission lors d'une allocution radio-télévisée, au cours de laquelle il déclare qu'il ne "dispose plus des moyens" d'accomplir sa tâche.

Il est remplacé par Raymond BARRE, qui était ministre du Commerce extérieur, et proche des gaullistes.

Sa lutte contre M. GISCARD d'ESTAING va désormais être l'un des points majeurs de son action politique, ce qui le conduit à déclarer à son successeur que les gaullistes combattront, "non pas Raymond BARRE" qu'ils apprécient, mais "le Premier ministre de Valéry GISCARD d'ESTAING".

La création du RPR et la mairie de Paris

Après quelques jours de retrait, Jacques CHIRAC, dont personne n'imagine qu'il va renoncer à l'action politique, lance deux appels : le premier, en direction des "Compagnons" de l'UDR, qu'il appelle au rassemblement et au renouveau, le second, directement aux Français, à qui il demande, "par-delà les partis" de se "rassembler en oubliant les querelles du passé". Ces appels de l'ancien Premier ministre reçoivent un accueil favorable au sein de l'UDR, où seul Jacques CHABAN-DELMAS, n'ayant pas oublié l'élection présidentielle de 1974, exprime son opposition faisant valoir que si le mouvement gaulliste suit M. CHIRAC, l'élection présidentielle de 1981 verra s'affronter MM. Valéry GISCARD d'ESTAING, François MITTERRAND et Jacques CHIRAC, avec une possibilité de victoire pour le candidat de gauche. Poursuivant dans sa logique, l'ancien Premier ministre de M. GISCARD d'ESTAING demande, le 29 septembre, la tenue d'Assises extraordinaires de l'UDR, pour la naissance d'un nouveau mouvement gaulliste. Considérant qu'il a des "responsabilités particulières" dans la conduite des gaullistes, le député de la Corrèze souhaite que le nouveau mouvement prenne l'image d'un rassemblement populaire, réaffirme l'appartenance sans équivoque à la majorité, et cesse de faire référence à la IVème République et au "régime des partis" pour se tourner vers l'avenir.

Le 3 octobre, à Egletons, en Corrèze, dans un discours attendu, Jacques CHIRAC appelle à un rassemblement de toute la majorité derrière l'UDR et derrière lui, dans la perspective des échéances électorales à venir (élections municipales en 1977 et élections législatives en 1978). Proposant "un grand rassemblement alliant la défense des valeurs essentielles du gaullisme aux aspirations d'un véritable travaillisme français", M. CHIRAC fixe le cadre dans lequel il entend poursuivre "sa tâche au service du pays" : défense des institutions, un "dogme", de la République et de l'indépendance nationale, renforcement de la liberté, en répondant à ceux qui "voudraient l'opposer au chef de l'Etat" que sa "conception du service de l'Etat, (son) attachement à la Vème République, sont trop vigoureux pour qu'(il soit) jamais tenté de le faire". Pour cela, M. CHIRAC se lance "dans l'action politique, qui est une action permanente" alors que son "rôle, au milieu (...) et soutenu par (les gaullistes) est de montrer le chemin", puisque "d'autres, plus anciens, n'ont pas cru devoir, ou n'ont pas pu prendre la charge". Appelant à un vaste mouvement populaire, un "grand rassemblement" discuté aux Assises nationales extraordinaires, l'ancien Premier ministre, critiquant de façon à peine voilée la loi sur les plus-values, prône une fiscalité "assise non seulement sur la dépense et les revenus, mais aussi sur le capital", avant de reprendre l'idée gaulliste de participation.

Par son discours d'Egletons, Jacques CHIRAC dessine une nouvelle géographie politique sous la Vème République. Il se pose en véritable chef de la majorité, dans la perspective des élections municipales et législatives, alors que le rôle de coordonnateur de la majorité, qui lui avait été confié quelques mois auparavant, avant sa démission, ne lui avait pas permis d'imposer ses vues face aux ministres proches du président de la République. En outre, il remet ainsi en question, sinon l'un des fondements, du moins l'une des traditions de la Vème République, selon laquelle le chef de la majorité pour les élections législatives était le Premier ministre. De fait, contrairement aux échéances précédentes, le président de la République et le Premier ministre n'appartiennent pas au principal parti de la majorité, l'UDR, tandis que le nouveau chef du gouvernement, Raymond BARRE, n'est pas un élu et ne représente aucune formation politique (en 1962, s'il n'était pas élu, Georges POMPIDOU était un dirigeant, sinon connu, du moins influent de la formation gaulliste).

Le 24 octobre, le Comité central de l'UDR se réunit, pour préparer les Assises. A cette occasion, Michel DEBRE met l'accent sur un rassemblement autour d'idées et d'un programme, et non autour d'un homme, tandis que Yves GUENA met en évidence des idées tournées vers l'avenir : l'indépendance nationale ne soit plus être limitée à ses aspects politiques, diplomatiques et militaires, mais devenir économique ; une "démocratie du quotidien" doit préconiser de nouvelles relations au sein de l'entreprise, le "travaillisme" consistant en des améliorations progressives : réforme de l'entreprise par auto-organisation du travail, concertation, réforme du système fiscal avec l'imposition sur le capital, politique de participation, système garantissant les travailleurs contre les aléas du sort. Sur un plan plus politique, la question d'une confédération avec d'autres membres de la majorité est envisagée, parallèlement à la formule d'un grand rassemblement, qui l'emporte.

Alors que l'UDR prépare ses Assises, pour consacrer son rôle essentiel dans la majorité et faire de Jacques CHIRAC le chef de cette majorité, les proches de M. GISCARD d'ESTAING tentent de se rassembler pour contenir les gaullistes et neutraliser leur force. Ainsi, le 15 novembre, Michel PONIATOWSKI, ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, particulièrement proche du chef de l'Etat, évoque un projet de rassemblement des formations de la majorité, à l'exception de l'UDR, sur les thèmes du livre de M. GISCARD d'ESTAING, "Démocratie française". Un rassemblement qui doit se faire "autour de Raymond BARRE et (...) sera (...) la formation politique et l'orientation la plus importante de France". Dans cette hypothèse, le Premier ministre deviendrait le chef de la partie la plus importante de la majorité et le responsable des campagnes électorales. La réponse réservée des formations de la majorité "non UDR et non RI" mettra un terme à cette tentative, qui ne réussira qu'en 1978.

A la fin du mois de novembre 1976, Jacques CHIRAC, qui n'a pas rencontré de réelle opposition structurée au sein de l'UDR, présente les statuts du futur Rassemblement, dont le nom envisagé est "Rassemblement des Français pour la République". Le mouvement gaulliste avait toujours refusé d'avoir un président : en 1971 alors qu'Alexandre SANGUINETTI avait émis l'idée de créer un tel poste, Georges POMPIDOU l'avait écartée, et Jacques CHIRAC, alors ministre chargé des Relations avec le Parlement, l'avait combattue, faisant valoir que l'UDR devait conserver son caractère de rassemblement et ne pas se transformer en parti politique comme les autres. Les statuts du nouveau rassemblement créent en revanche une telle fonction, les pouvoirs étant très centralisés entre les mains du président. Ce dernier est élu par les Assises nationales.

Le 5 décembre 1976, les Assises extraordinaires de l'UDR se réunissent à la Porte de Versailles. Devant plus de 50 000 personnes, provenant essentiellement des couches populaires, et aux réactions souvent houleuses à l'égard du gouvernement, Jacques CHIRAC obtient le triomphe attendu. Elu à une écrasante majorité président du Rassemblement pour la République (RPR) (et non "Rassemblement des Français pour la République"), le nouveau chef du mouvement gaulliste prononce un discours programme dans lequel, plaçant le rassemblement "tout entier dans la majorité", mais en le dotant d'un programme propre, il s'efforce d'écarter le conservatisme et la critique envers le chef de l'Etat et l'action gouvernementale, préférant s'en prendre avec vigueur aux partis de gauche signataires du Programme commun. Rappelant que "les institutions reposent sur la primauté du chef de l'Etat qui doit définir les grandes orientations (...) (et que) dans ce cadre, le gouvernement doit conduire la politique de la nation avec l'appui d'une majorité parlementaire garantie de l'efficacité du pouvoir législatif", point "essentiel sur lequel (nous ne) transigerons pas", Jacques CHIRAC insiste la nécessité de remporter "pour la démocratie et dans la majorité" les prochaines élections législatives", précisant par ailleurs que "c'est aux formations politiques et à elles seules, dans le cadre d'une nécessaire concertation qu'il appartient de choisir leurs candidats et de donner leurs investitures".

Maire de Paris et opposant à M. GISCARD d'ESTAING

Trois mois après la création du RPR, Jacques CHIRAC lance un défi au chef de l'Etat. Alors que pour la première fois, le maire de Paris doit être élu au suffrage universel, le député de la Corrèze se lance dans cette bataille, contre le candidat giscardien Michel d'ORNANO, un proche de M. GISCARD d'ESTAING.

L'ancien Premier ministre est élu maire de Paris en mars 1977 jusqu'en 1995.

Lors des élections législatives de 1978, le RPR devance l'UDF, mais la formation gaulliste reste divisée, et doit accepter l'élection de Jacques CHABAN-DELMAS, soutenu par la majorité giscardienne, à la présidence de l'Assemblée nationale.

La préparation des élections européennes de 1979, les premières au suffrage universel, accentue les divisions entre M. CHIRAC et le chef de l'Etat.

Victime d'un grave accident de voiture à l'automne 1978, il lance, sur les conseils de Pierre JUILLET et de Mme Marie-France GARAUD, "l'Appel de Cochin" dans lequel il s'en prend au "parti de l'étranger". Cet appel suscite de très vives réactions, fracturant un peu plus la famille gaulliste, tandis que l'épouse du maire de Paris, Mme Bernadette CHIRAC, l'oblige à se séparer de ses deux conseillers.

L'échec de la liste qu'il conduit aux élections européennes, qui arrive, avec 16,31 %, loin derrière la liste UDF conduite par Simone VEIL, renforce les divisions à droite qui aborde l'élection présidentielle de 1981 en état de faiblesse.

Candidat à la présidence de la République en avril 1981 face à M. Valéry GISCARD d'ESTAING, il recueille 17,99 % des suffrages exprimés au premier tour. Au second tour, François MITTERRAND est élu, et les Giscardiens ne manquent pas d'affirmer qu'il l'a emporté grâce aux voix venues du RPR.

Après la défaite de la droite à l'élection présidentielle et aux élections législatives, Jacques CHIRAC est le premier des chefs de file de l'opposition à réagir et fait tout pour assurer la position du R.P.R. comme premier parti de l'opposition.

Premier ministre de François MITTERRAND

Tirant profit de la situation privilégiée que lui donne la mairie de Paris, Jacques CHIRAC, dont le prestige est sorti encore renforcé des résultats obtenus par l'opposition lors des élections municipales de mars 1983 dans la capitale, développe son image d'homme public national et international.

Cinq ans après le discours d'Egletons, il se convertit au libéralisme, attaquant sans relâche le pouvoir socialiste.

Après les résultats des élections législatives de mars 1986, où son parti devance l'UDF, c'est au chef du premier parti de l'opposition que le président de la République François MITTERRAND propose Matignon : avec l'assurance d'avoir autour de lui au gouvernement les responsables de toutes les formations de l'UDF, Jacques CHIRAC accepte le risque de la cohabitation.

Il lance alors un programme économique très libéral, avec la suppression de l'ISF, qu'il dira ensuite avoir toujours regretté et les privatisations, confiées à M. Edouard BALLADUR.

Ce pari lui permet de démontrer sa capacité à gérer une situation difficile et lui donne même l'occasion, par sa personnalité, de séduire une partie de ses ministres UDF

La campagne présidentielle de 1988 lui permet de distancer Raymond BARRE, candidat de l'UDF, mais il est largement battu au second tour par François MITTERRAND.

Affaibli par son score de moins de 20 % au premier tour et par la défaite de la droite aux élections législatives qui suivent, Jacques CHIRAC traverse alors une période de doute et doit faire face à un fort mouvement de contestation au sein même de son parti.

Les "quadras" rénovateurs, Philippe SEGUIN et Michel NOIR en tête, puis le tandem Charles PASQUA-Philippe SEGUIN lui mènent la vie dure. Cependant, Jacques CHIRAC, épaulé par le secrétaire général du RPR Alain JUPPE, reprend son parti en main. Victorieux des Assises de 1990, il choisit en 1992 d'appeler à voter "oui" au Traité de Maastricht, contre la majorité de son mouvement : Philippe SEGUIN en tête. Pendant toute cette période, il encourage son ancien ministre d'Etat Edouard BALLADUR à se préparer pour Matignon en 1993, après l'écrasante victoire de la droite aux élections législatives.

Tirant les leçons de son expérience malheureuse de 1986-1988, le maire de Paris préfère en effet se consacrer à sa candidature à l'Elysée en 1995 sans avoir à gérer le quotidien d'un gouvernement. Mais il doit alors engager un bras de fer avec M. BALLADUR qui, sondages aidant, apparaît très vite comme un présidentiable soutenu par l'UDF et une partie du RPR, dont le jeune Nicolas SARKOZY.

Jacques CHIRAC, qui fera sa campagne sur le thème de la réduction de la "fracture sociale", face à M. BALLADUR qui incarne une forme de libéralisme, bénéficiant d'un soutien implicite de François MITTERRAND, sort finalement victorieux de ce duel interne à la majorité avant de l'emporter sur le candidat socialiste Lionel JOSPIN (arrivé en tête du premier tour avec 23,3 %) dans une confrontation classique de deuxième tour droite-gauche.

Président de la République

Elu président de la République le 7 mai 1995 avec 52,6 % des voix, Jacques CHIRAC désigne M. Alain JUPPE comme Premier ministre, qu'il qualifie de "meilleur d'entre nous", reprenant une expression de Georges POMPIDOU pour qualifier Michel DEBRE, et décide de ne pas dissoudre l'Assemblée nationale, préférant s'appuyer sur la majorité parlementaire élue en 1993 et qui compte 257 députés RPR et 215 UDF.

Dès juillet 1995, une de ses toutes premières décisions est d'effectuer une dernière campagne d'essais nucléaires à Mururoa avant la signature du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICE) en septembre 1996. Cette décision, qui coïncide avec le cinquantième anniversaire des bombardements sur Hiroshima et Nagasaki, provoque un tollé, en particulier en Nouvelle-Zélande, en Australie, au Japon, aux Etats-Unis et dans les milieux écologistes.

Le 16 juillet 1995, dans un discours prononcé à l'occasion de la commémoration de la rafle du Vel'd'Hiv', M. CHIRAC reconnaît pour la première fois la "faute collective" de la France pendant l'Occupation et admet que "la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'Etat français".

En Bosnie-Herzégovine, M. CHIRAC ordonne, à la suite du meurtre de soldats français, des représailles conjointes avec l'OTAN, ce qui met fin à la guerre civile. C'est au Palais de l'Elysée que sont signés les Accords de Dayton le 14 décembre 1995 par les présidents serbe Slobodan MILOSEVIC, croate Franjo TUDMAN et bosniaque Alija IZETBEGOVIC. Il mène parallèlement une politique qui le rapproche des pays arabes tout en travaillant au processus de paix dans le conflit israélo-palestinien. La France rejoint parallèlement le comité militaire de l'OTAN.

Le 22 février 1996, le président annonce sa décision de professionnaliser les armées et de suspendre le service national.

Le 22 octobre 1996, M. CHIRAC se rend en Israël et exige, à l'impromptu, de visiter le quartier musulman de la vieille ville de Jérusalem. Tout contact avec la population palestinienne étant empêché par la sécurité israélienne, il se met en colère, menaçant de repartir en France et accusant le chef de la sécurité de "provocation". Ce coup de colère fera le tour du monde arabe, et M. CHIRAC sera acclamé par la population le lendemain, lors de sa visite dans les territoires occupés.

Sur le plan intérieur, le nouveau chef de l'Etat entreprend une réforme de la Constitution, qui aboutit notamment à l'instauration de la session parlementaire unique (du premier jour ouvrable d'octobre au dernier jour ouvrable de juin), aménage les immunités parlementaires et élargit les possibilités de recours au référendum.

Mais le gouvernement JUPPE, de plus en plus impopulaire, doit affronter des grèves massives durant l'hiver 1995-1996, dues au plan JUPPE prévoyant une réforme des retraites (allongement de la durée de cotisation de 37,5 à 40 annuités pour les salariés de la fonction publique afin de l'aligner sur celle du secteur privé) et une réforme visant à boucher le fameux "trou" de la Sécurité sociale en fixant des objectifs de progression des dépenses maladies. Le plan JUPPE sur les retraites est finalement retiré dès le 15 décembre 1995, mais le gouvernement refuse de céder sur la réforme de la Sécurité sociale, une loi votée le 30 décembre lui permettant de légiférer par ordonnances en la matière. Désormais, le budget de la Sécurité sociale est voté au Parlement, une hausse de la CSG est décidée tandis qu'est créée la Contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS).

D'autres évènements affaiblissent encore la popularité du gouvernement JUPPE, dont l'évacuation musclée par la police des étrangers en situation irrégulière occupant l'église Saint-Bernard le 23 août 1996.

Devant l'essoufflement de sa majorité, et craignant de ne pas parvenir à redresser suffisamment les comptes publics pour respecter les critères économiques fixés par le Traité de Maastricht (déficit public ne dépassant pas 3 % du PIB et dette publique inférieure à 60 % du PIB), Jacques CHIRAC prononce contre toute attente la dissolution de l'Assemblée nationale le 21 avril 1997, soit onze mois avant la date prévue. Pris de court, ni son parti, ni son électorat ne comprennent son geste tandis que l'opposition crie à la manœuvre. Les élections qui suivent voient la victoire de la "gauche plurielle", menée par le Premier secrétaire du PS Lionel JOSPIN. Alors que les élections législatives de mars 1993 avaient donné à la coalition électorale de droite la plus importante majorité parlementaire de la Vème République, la dissolution de 1997 permet à la gauche de reprendre la majorité avec 319 sièges sur 577, le RPR retombant à 134 députés. Jacques CHIRAC nomme M. JOSPIN Premier ministre, ouvrant ainsi la troisième cohabitation.

Le gouvernement JOSPIN connaît une popularité importante, marquée par la loi sur les 35 heures, la baisse du chômage et la reprise économique mondiale, mais aussi par plusieurs évènements favorisant une amélioration du moral des Français telle que la victoire de l'équipe de France lors de la Coupe du monde de football de 1998. Partant favori dans la perspective de l'élection présidentielle de 2002, le Premier ministre décide d'inverser le calendrier électoral pour rétablir l'ordre initial des élections (la présidentielle avant les législatives) et surtout obtient du président qu'il propose une modification de la Constitution pour transformer le septennat en quinquennat. Le 24 septembre 2000, la réduction du mandat présidentiel de sept à cinq ans est adoptée lors d'un référendum marqué par une abstention record (30,19 % de participation). Le "oui" obtient 73,21 % et le "non" 26,79 %.

Le soir du 21 avril 2002, jour du premier tour de l'élection présidentielle, le candidat socialiste, le Premier ministre sortant Lionel JOSPIN est éliminé et le président du Front national Jean-Marie LE PEN accède au second tour. Jamais depuis 1969 la gauche française n'avait été éliminée du tour final d'une présidentielle. Autres faits inédits : une abstention record (28,4 %), mais aussi le nombre de candidats (seize) et le score du vainqueur au second tour : Jacques CHIRAC, qui tout au long de sa carrière politique a marqué son opposition totale à l'extrême droite, est réélu avec 82,2 % des suffrages. Le taux d'abstention s'élève à 20,29 %.

M. JOSPIN lui ayant aussitôt remis sa démission, il nomme comme Premier ministre un membre de Démocratie libérale, le président du conseil général de la Vienne Jean-Pierre RAFFARIN, peu connu du grand public. L'Union pour une majorité présidentielle (UMP), créée par l'association du RPR, de Démocratie libérale et d'une grande partie de l'UDF, remporte largement les élections législatives de juin 2002, obtenant à elle seule la majorité absolue à l'Assemblée nationale (365 sièges sur 577). M. RAFFARIN entame dès lors la mise en œuvre de certaines des promesses de la campagne : baisse de l'impôt sur le revenu et multiplication d'actions ciblées contre la délinquance, sous la houlette du ministre de l'Intérieur Nicolas SARKOZY ; réforme des "35 heures", réforme des retraites et de la Sécurité sociale et poursuite de la réforme de l'Etat incluant "l'acte II de la décentralisation".

Sur le plan international, son mandat est marqué par le refus de la France de soutenir la guerre menée en Irak par le président des Etats-Unis George W. BUSH à la suite des attentats du 11 septembre 2001. La France forme alors un "front commun" avec l'Allemagne et la Russie contre l'invasion de l'Irak. Epaulé par son ministre des Affaires étrangères Dominique de VILLEPIN, qui prononce un discours remarqué devant l'ONU, M. CHIRAC obtient que les Etats-Unis passent par l'ONU avant toute intervention.

Lors du défilé militaire du 14 juillet 2002, M. Maxime BRUNERIE, un jeune militant d'extrême droite, tente d'assassiner M. CHIRAC, qui s'en sort indemne.

Au lendemain d'une défaite massive de l'UMP aux élections cantonales et régionales de 2004 (vingt des vingt-deux régions de France métropolitaine sont remportées par la gauche), M. CHIRAC nomme M. SARKOZY ministre d'Etat, ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie. Face aux ambitions présidentielles affichées par ce dernier, il le met en demeure, lors de son allocution du 14 juillet 2004, de choisir entre son poste de ministre et celui de président de l'UMP. Il réaffirme également son autorité en déclarant : "Nos relations sont très simples : je décide, il exécute". En novembre 2004, M. SARKOZY est élu président de l'UMP (devenue Union pour un mouvement populaire) et quitte Bercy.

Jacques CHIRAC décide d'organiser un référendum sur la ratification du futur Traité constitutionnel européen, dans un contexte de quasi-unanimité des partis de gouvernement et des médias en faveur du "oui". Le débat, qui enflamme les Français, se termine par une victoire du "non" le 29 mai 2005 par 54,87 % des voix, avec une forte participation de 69,74 %. Le surlendemain, M. RAFFARIN démissionne et M. CHIRAC annonce son remplacement par M. Dominique de VILLEPIN. M. SARKOZY redevient ministre d'Etat et retrouve le ministère de l'Intérieur.

Le 2 septembre 2005, M. CHIRAC est hospitalisé à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce pour un accident vasculaire cérébral ayant entraîné un "léger trouble de la vision". Le Premier ministre Dominique de VILLEPIN représente alors la France au sommet de l'ONU le 13 septembre 2005. Selon un sondage IFOP réalisé fin 2005, seulement 1 % des Français souhaitent que M. CHIRAC soit le candidat de l'UMP à l'élection présidentielle de 2007, loin derrière MM. SARKOZY et VILLEPIN.

Après le Contrat nouvelles embauches (CNE), M. de VILLEPIN décide au début de l'année 2006 de lancer un nouveau contrat de travail similaire destiné aux jeunes, baptisé Contrat première embauche (CPE). La mobilisation syndicale et étudiante contre ce projet en particulier, et, plus généralement, contre la loi pour l'égalité des chances qui contient les dispositions relatives au CPE, se met lentement en place, mais finit par prendre des proportions très importantes, ce qui place le Premier ministre en difficulté. M. CHIRAC finit par intervenir le 31 mars où, dans une allocution télévisée devant 21 millions de téléspectateurs, il annonce la promulgation de la loi qui contenait le CPE tout en demandant de ne pas l'appliquer. Le 10 avril, le Premier ministre annonce le remplacement rapide du CPE par une autre loi.

Le 11 mars 2007, M. CHIRAC annonce lors d'un discours télévisé qu'il ne se représentera pas à l'élection présidentielle de 2007. Le 21 mars suivant, il dit "donner son vote et son soutien à Nicolas SARKOZY", candidat soutenu par l'UMP. Ce dernier est élu président de la République le 6 mai 2007 avec 53,06 % des suffrages exprimés contre 46,94 % à la candidate socialiste Ségolène ROYAL.

Jacques CHIRAC quitte le palais de l'Elysée le 16 mai 2007, après douze ans, soit le plus long mandat après le double septennat de François MITTERRAND, et devient alors membre de droit du Conseil constitutionnel, en tant qu'ancien président de la République, jusqu'au 9 décembre 2010, date à laquelle il se met en retrait du fait de son état de santé et de ses ennuis judiciaires. En décembre 2011, il est condamné à deux ans de prison avec sursis dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris pour "détournement de fonds publics", "abus de confiance" et "prise illégale d'intérêts". Pour le tribunal, il est bien "l'initiateur et l'auteur principal des délits" et "a manqué à l'obligation de probité qui pèse sur les personnes publiques chargées de la gestion des fonds ou des biens qui leur sont confiés, cela au mépris de l'intérêt général des Parisiens". C'est la première fois qu'un ancien président de la République est condamné par la justice. Se tenant éloigné de la vie politique, il se consacre à sa fondation et au Musée des Arts Premiers qu'il a fait édifier quai Branly.


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